EDITORIAL

Le virus est dans la stigmatisation et la Discrimination

Par-delà  l’insoutenable indifférence de ceux qui n’ont pas pris la mesure du défi  auquel  l’humanité est confrontée, la discrimination et la stigmatisation des personnes vivant avec le Vih-SIDA,  nous interpellent  tous.  Constitutives d’une grave violation des droits humains, elles portent atteinte à la dignité humaine et nous enferment dans une logique d’exclusion, qui pousse les PV-VIH  et les Groupes hautement vulnérables à  se réfugier dans le silence. Ainsi se développe la crainte du rejet, qui restreint ou ferme l’accès aux soins et  constitue l’un des principaux facteurs de propagation de la pandémie. Chacun doit se convaincre que toute tentation de se retrancher dans un environnement aseptisé est vouée à l’échec.
Le Sida n’est pas une fatalité, c’est une maladie, que le génie humain s’emploie à vaincre. Depuis plusieurs années,  la trithérapie et la prévention ont donné les moyens de relever le défi  aux communautés, qui ont pris la résolution de lutter contre la pandémie en  assumant leur obligation de solidarité envers les personnes vivant avec le Vih-Sida.

Le taux de prévalence au Sénégal, qui se situe à 0,7% dans la population générale, est le résultat d’une réponse nationale, dont les communautés font partie des principaux acteurs. Cependant le risque d’une explosion, inscrit dans les niveaux observés chez les groupes passerelles,  doit nous inciter à investir davantage dans  l’information, la sensibilisation et le plaidoyer pour amener les communautés à vaincre la peur.
Pour être efficace l’action du corps médical, sans cesse renouvelée par l’effort de recherche, qui mobilise un nombre considérable de scientifiques, doit être soutenue  par  un surcroît d’équité et d’humanisme.  Nous devons vaincre la peur, du reste injustifiée, pour contenir la pandémie en attendant que des laboratoires sorte les produits qui permettront de l’éradiquer.

Si notre pays veut maintenir le cap de la séroprévalence la plus basse de l’Afrique au Sud du sahara,il doit bannir la stigmatisation et la discrimination des PV-VIH et des Groupes hautement vulnérable d’ici 2015.

Habiter, manger ou travailler dans un même espace  avec une personne vivant avec le Vih-Sida ne transmet pas la maladie.  Du fond des âges, l’instinct de survie, qui s’est affiné durant la marche de l’humanité au point de générer la médecine et le génie génétique, nous murmure que le  virus est dans la discrimination et la stigmatisation ;  le salut dans notre capacité à accepter, rassurer, écouter, comprendre, accompagner, réconforter.

                                                                                                               Boubacar SECK
                                                                                                Directeur Exécutif  du CONGAD